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Delpech 66

Posté par stcyr le 30 novembre 2010

J’ai une tendresse particulière pour Michel Delpech et je ne comprends toujours pas pourquoi il a oublié ma naissance dans « Inventaire 66″.

delpech

Il y fait un inventaire de la société francaise, surtout parisienne, de son temps. Il y mèle des allusions aux mêtiers, à la culture en général, de Genet à Bond , à la mode, aux changements urbains intervenant dans la capitale…un peu de contexte international mais surtout un trait politique avec le refrain « et toujours le même président.. »

Ce vers lui vaudra de passer au Sacha Show en 1972 avec des paroles adaptées ne faisant plus allusion au general.

Il ne faut pas minimiser la liberation qu’induit Giscard sur l’ère Gaulliste-Pompidolienne. En 77, Eddy mitchell peut evoquer 1957, ses débuts, en disant notamment:

« Et les Blousons Noirs brûlaient leurs dernières nuits
Avant de partir pour Alger Algérie
Et la voix d’Elvis chantait « Good Rockin’ tonight »

Et Charles de Gaulle prenait le pouvoir
Promettant les mille et une nuits aux Pieds-Noirs  »

La même nostalgie des débuts fait écrire Edmond Bacri, alias Eddy Marnay, pied-noir, en 76 sur l’année 62 de Claude Francois:

« Le rock’n'roll venait d’ouvrir ses ailes
Et dans mon coin je chantais belle, belle, belle
Et le public aimait ça

Déjà les Beatles étaient quatre garçons dans le vent
Et moi ma chanson disait marche tout droit

Cette année-là
Quelle joie d’être l’idole des jeunes
Pour des fans qui cassaient les fauteuils
Plus j’y pense et moins j’oublie  »

puis en 78, il ecrit pour Frida Boccara « L’année ou Piccoli… » c-a-d 1970
« On s’aimait tendrement
Et c’était l’été
Qui mourait au moment
Où tu m’as quittée
Cette année où Piccoli
Jouait « Les choses de la vie »
Toute ma vie
Je m’en souviendrai

Le quinze août à Paris
Nous nous inventions
Des Bretagne de pluie
Près du Panthéon
A cinq heures du matin
On prenait le Quartier Latin
A coup de rires
A coup de violons »

Une rupture est intervenu qui définit un avant et un apres 68.

Entretemps, Gainsbourg écrit en 68 sur l’année suivante: « 69 annee erotique » et Nougaro scelle le sort du mois de « Mai, Paris, Mai »

« …
Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil
La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile »

La nostalgie de Voulzy dans « Rockcollection » en 77:

« Au printemps 66 je suis tombé fou amoureux
Ça m’a fait plutôt mal j’avais de l’eau dans les yeux  »

Vingt ans plus tard, Julien Baer chante :

« Emmène moi sur ton nuage, mes amis me trahissent
Emmène moi dans tes bagages en Juillet 66

Le nouveau monde et puis l’ancien
veulent arreter la guerre,
On pourrait croire qu’arrive enfin
un nouveau millenaire »

Alors, qu’avaient-ils tous?

Delpech, en 75, pour les raisons que j’évoquais (nouvelle ère, nostalgie des debuts…) projète un futur anterieur dans « Quand j’etais chanteur »

delpech

mais Voulzy demarrait , Julien Baer n’avaitque deux ans. Alors?

Quand je serais revélé au monde comme le prochain messie, alors on comprendra qu’il y avait une urgence à se remémorer l’année 66. Ai-je mentionné que je suis né en 66?

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Intertextualité [1] : la femme est l’avenir de l’homme

Posté par nmqp le 29 novembre 2010

Il y a longtemps que je prends plaisir aux allusions dans les chansons. Allusions à une phrase, un vers, un titre. Puisées dans d’autres chansons, dans des poèmes, dans la littérature, dans le corpus des citations. La phrase-matrice constitue un hypertexte plus ou moins évident et elliptique, et éclaire le sens d’une assertion.

Un exemple:
« J’ déclare pas, avec Aragon,
Qu’ le poète a toujours raison.
La femme est l’avenir des cons,
Et l’homme n’est l’avenir de rien. » affirme Renaud dans Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ?

Ce qui saute aux oreilles, c’est l’absent, Ferrat. Car, au fond, connaissons-nous vraiment l’origine de la citation ? Moi, non. Une rapide recherche me permet de savoir qu’il s’agit d’un vers extrait du Fou d’Elsa, recueil de 1963 :

« L’avenir de l’homme, c’est la femme. Elle est la couleur de son âme. »

Dans la mesure où le recueil, qui compte cependant de nombreux poèmes dédiés encore et toujours à Elsa Triolet, semble traiter de l’Andalousie et du rapport avec la culture et le monde arabo-musulman, on comprend par ricochet que Renaud ne cite pas tant Aragon que Ferrat :

« Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l’avenir de l’homme. » in La femme est l’avenir de l’homme.

Sentence généreuse et ridicule : c’est tout Ferrat. Comment lui en vouloir, Elvire ? Il n’y a pas tant de féministes que cela, dans la chanson des années soixante. Vingt ans plus tard, Sardou, « intertextuant » à son tour un littérateur, Rudyard Kipling, conclue sa chanson par ces mots :

« Et si dans son bonheur, tu vois le tien qui brille,
Ce jour-là tu seras une femme, ma fille… »

Son bonheur, c’est bien celui de son compagnon – On notera le très grand nombre de perles de cette chanson, que je ne dénigre pas pourtant – je trouve touchante la tentative désespérée dans les 80’s de s’accrocher au modèle de la matrone modeste et aimante… : vulnérabilité sexuelle (Si tu peux supporter l’idée qu’il est plus fort /Pas dans les joies du cœur, mais dans les jeux du corps), défense du porte-jarretelle (Si tu sais te servir de ta beauté, ma belle / Et pour lui faire plaisir t’encombrer de dentelles), démarcation des quasi lesbiennes du MLF (Si tu n’écoutes pas la voix des mal-aimées / Qui voudraient à tout prix te citer comme témoin / Au procès du tyran qui caresse ta main) avec la jolie variation intertextuelle sur le charmant qualificatif de mal-b…, sans doute charge contre les pro-IVG (Si tu as bien compris que source de la vie / Tu n’as rien de commun avec qui la détruit) – avec mansuétude on inclura les militaires, les despotes et les terroristes dans la communauté des malfaisants – et enfin sultane intrépide du retour de flamme (Si tu prends le pouvoir, certains soirs de rafale / Pour guider le bateau, cap sur la bonne étoile). Ah tiens, l’orgasme ça mouille et ça vente !
Revenons un instant à Ferrat, le communiste préoccupé de féminisme, qui livre avec candeur dans la même chanson le noble rôle qu’il dévolue au poète contre les autocrates machos et tartuffes: « Dans les hommes qui font les lois / Si les uns chantent par ma voix / D’autres décrètent par la bible » Le chant de l’âme contre le décret liberticide et phallocrate. Et Benoît XVI qui continue à faire des bulles avec les préservatifs !

Je pense que c’est cette pose grandiloquente, plus encore que le fond politique, qui a suscité le commentaire acerbe de Renaud à l’égard de la formule : celui-ci n’a-t-il pas chanté les louanges du genre féminin dans Miss Maggie ?
On peut émettre deux hypothèses encore. L’une est psychanalytique : si la femme est l’avenir de l’homme, quid du pénis dans le futur ? C’est bien gentil de parler d’âme, mais va-t-on castrer le genre humain mâle ? Queue nenni !

« Femme je t’aime, surtout, enfin
pour ta faiblesse et pour tes yeux
quand la force de l’homme ne tient
que dans son flingue ou dans sa queue » (Miss Maggie)
Bon, Renaud n’est pas terrorisé, semble-t-il.

Mais alors, si elle est l’égale de l’homme, elle ne peut pas être son avenir. Potentiellement, elle n’est pas mieux.

« Mais les femmes toujours
Ne ressemblent qu’aux femmes
Et d’entre elles les connes
Ne ressemblent qu’aux connes
Et je ne suis pas bien sûr
Comme chante un certain
Qu’elles soient l’avenir de l’homme » (La ville s’endormait – Jacques Brel)

Ce qui est certain, c’est qu’il y en a certains dont le projet est sûr : se foutre de la gueule des chanteurs engagés incertains – qui connaît l’improbable chanson de Ferrat sur les caissières de supermarché?

« O vendeuses chéries en matière plastique
Prenez mon plasti-cœur et mes plasti-baisers » (Prisunic)
Si l’on rapporte cette petite merveille à un extrait de la célébrissime chanson « La Montagne » :
« Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones »

Y’a pas, il y a du Pierre Bachelet chez cet homme-là. « Cette manière de traverser / quand elle s’en va chez le boucher (…) cette silhouette vénitienne quand elle se penche à ses persiennes » (Elle est d’ailleurs)
(Ferrat aussi)
(ou alors c’est à cause de la moustache)

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Jean-Pierre Nataf

Posté par stcyr le 28 novembre 2010

nataf_innocent
Je deviens, là, sous vos yeux, un habitué de la Playlist de libération.fr.
J’ai longtemps résisté. Je suis plein de préjugés, dont celui que, concernant la musique, les journalistes de Libé sont des parisiens prétentieux. Leurs goûts pourtant recoupent les miens bien souvent et ils m’ont fait decouvrir Aloe Blacc, Melodie Gardot…
Mais ils ont le don de promouvoir des médiocrités décretées « hypes », spécialement dans la production française qui m’irritent.
Pourquoi? J’ai herité, comme mon frère, du gout obsessionel pour la chanson française. Ce dernier adore Christophe, « les mots bleus » adoubés par Bashung. Moi, Christophe, je pense que c’est ce qu’on voit a la fin de « Quand j’étais chanteur »: Un chanteur ringard mais connu.

Bashung, lui même, idole de Libé, est aussi celle de mon cousin et de mon frère. Pour moi, il écrit des textes dont l’obscurité fait parfois lieu de poésie. J’y reviendrais.
Pourquoi Matthieu Boogaerts serait-il davantage qu’un minimaliste easylistening sans grand talent (il ne suffit pas de faire des rimes répetitives pour être Gainsbourg)? A cause de la prétention intellectuelle qui niche en chacun de nous. En France, particulièrement, briller en etant un de ceux qui « savent » est valorisé. Libé dit que c’est bien, donc ca doit l’être même si j’y comprends rien, donc j’aime.
Et cette prétention intellectuelle, dont Libé et un vecteur et un symptôme, pas la cause, ce serait beaucoup pour un journal, s’applique à toute la chanson française et aussi à la musique qui ne connait pas de frontière comme chacun sait. Et comme il n’est pas facile de parler clairement de ce qui n’a pas de sens, le bla bla critique est parfois aussi creux et abscons que les chanteurs à texte surévalués. Autant il m’a été éclairant d’entendre des musiciens parler de Thelonious Monk, le comparant dans ses ruptures harmoniques à Debussy, malgré mon ignorance de la musique, autant il est risible d’entendre des critiques, pas plus musiciens que moi, mettre en mot les raisons de préferer untel à untel. Si on ne vulgarise pas la technique, on ne met en avant que ses goûts. Je vous renvoie à cette playlist de Libé où le critique Christian Losson, à propos de Pamela Hute, dit:  » …un peu brillant, un peu patiné, un peu mat  » Les correspondances Baudelairiennes s’emmêllent.
Cela créer un climat, une echelle de valeur biaisé. Dominique A., parlant aux « inrockuptibles », en 1999 « J’ai une trouille bleue du succès, je ferais tout pour échapper au statut de chanteur populaire. ». Parlant de « la mémoire neuve », il disait qu’il avait conscience de froler l’intelligible, le main stream et devait se garder de cela. L’élitisme devient une valeur en soi. En 2009, il dit : « Le succès foudroyant de son (Philippe Katerine) album Robots après tout, en 2005, m’a fait réfléchir. Je me suis dit que, moi aussi, il faudrait peut-être que je sois un peu plus direct, un peu plus efficace. » Et il donne un entretien tres franc sur l’economie de l’industrie qui est la sienne à arteadio.com. Comme quoi, en viellissant, on peut se détacher de cette prétention française.
Ou y sombrer, comme J.P. Nataf, récent promu de la playlist de Libé qui a le droit à un long clip de la chanson « seul alone » et d’un entretien où il explique son audace d’avoir écrit un long morceau de 9mn. Ce morceau n’est pas mieux, plutôt moins bien et certainement pas moins naïf que « Que la vie est triste, mon amour » de Lalanne, 1981. Mais qui défendra Lalanne maintenant?
Trajectoire inverse, Lalanne a commence comme un prometteur hérault de la chanson française engagé avant de tomber dans la catégorie des vedettes imbues d’elle-mêmes.

nataf_maintenant

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Bashung

Posté par stcyr le 28 novembre 2010

Bashung. Un an déja.
J’ai souvent rigolé avec l’idée que quand un chanteur meurt, c’est une bonne nouvelle, car ça promet l’intégrale.
Bon. J’ai l’intégrale de Brel, J’ai eu celle de Brassens en cassette, copiées par mon père.
J’acheterais bien celle de Barbara, celle de Nougaro.
Pas celle de Gainsbourg, ni Aznavour. Plutôt les meilleurs albums de l’un et une compilation de l’autre.
Et Bashung?
Je voulais l’utiliser comme exemple d’auteur surévalué par la prétention intellectuelle, type Libé.
Mais j’ai relu ses textes pour ça et je ne suis pas sûr.
Comme beaucoup, j’ai connu Bashung par ses tubes et l’album « Novice » que j’avais acheté à l’époque.
J’écoutais ce dernier puisque je l’avais mais je n’aimais pas trop.
Il est la deuxième rupture de Bashung, la première étant  » Play Blessures  » co-écrit avec Gainsbourg et
qui fit un flop ainsi que le suivant écrit également sans Boris Bergman. Il marque un tournant car il contient les première collaboration avec Jean Fauque qui remplacera Boris Bergman comme parolier. Il étrenne une ecriture plus élusive, plus hachée.

Boris Bergman avait initié une manière de double sens,
généralement érotique, qui avait cette poésie de l’étrangeté sans être abscon :

« Elle a tellement plu qu’elle est encore toute mouillée
Elle est encore toute mouillée
Tellement beaucoup qu’elle a plu
Galope, galope
Galope, galope  »
« Douane Eddy » in « Passé le Rio Grande » 1986
Galope se prête au remplacement de l’initiale « G »
(G pour Gisèle qui apparait dans « Roulette russe » et  » Pizza »
ou pour Gabrielle, oh, Gaby?) par une plus sifflante.

Certains textes de Fauque l’ont encore avec plus de gravité, moins de gaudriole mais beaucoup sont surtout obtus.
Je me souviens d’une collègue qui a l’époque de « La nuit je mens » s’écriait
« on m’a vu dans le Vercors sauter a l’elastique! Quelle connerie! ».
Bon, appliquons le filtre Bergman et peut être pouvons nous lire :
« On m’a vu dans le vert corps, sauté à l’élastique, voleur d’Amphore au fond des criques… »
amphore
Mais quoi, souvent, c’est l’impression que fait Godard maintenant : si il y a des clefs, seul l’auteur les a et
chacun projette du sens ou juste un sentiment face à l’opaque du nonsens.

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